Les premiers films
Soutenir un premier court-métrage au Maroc est un geste politique. Nous parlons de développer le cinéma, et cela ne peut passer que par le soutien aux jeunes réalisateurs et aux producteurs. Aujourd’hui, il n’existe aucun soutien pour les jeunes sociétés de production et pour les premiers court-métrages au Maroc.
Qui a envie de faire un premier film ? Qui souhaite se lancer dans l’aventure d’un tout premier court-métrage ?
Tout jeune réalisateur ayant un diplôme ou une formation en cinéma mérite d’avoir au moins une chance.
Comment fait-on un premier film ? Devrait-on être hyper riche ? Devrait-on gagner au loto ? À quel pays étranger faut-il s’adresser pour dire : « nous souhaitons faire un film marocain, avec des personnages marocains, qui sera entièrement tourné en darija, mais nous voudrions que votre pays le finance ? ».
Pourquoi un jeune diplômé peut postuler aux fonds des pays étrangers, mais ne remplit pas les critères pour déposer une candidature aux fonds d’aide du CCM ? Pourquoi les premiers court-métrages, qui ont le plus besoin d’aide, sont exclus de tout système d’aide ?
Quel poids a-t-on lorsqu’on cherche un coproducteur français ou européen et que l’on doit lui expliquer que le Centre Cinématographique Marocain ne finance pas les premiers court-métrages et que nous dépendons entièrement des financements de son pays ?
Il n’existe pas que le soutien financier. Il pourrait y avoir tout un éventail d’initiatives pour encourager ces premiers projets. Pourquoi les films étudiants ne sont-ils pas considérés comme des œuvres professionnelles ? Beaucoup d’étudiants financent eux-mêmes leurs films, en plus de leur formation, puis s’aperçoivent une fois diplômés, qu’ils n’auront aucune aide et qu’ils vont devoir aussi financer leur premier court-métrage.
Toutes nos institutions culturelles, centres culturels, chaînes de télévision, pourraient être aussi sensibilisés à cette problématique, et au soutien nécessaire des premiers court-métrages.
De fait, le choix de ne pas aider les premiers court-métrages revient à placer un barrage à l’entrée du cinéma auquel beaucoup de jeunes se heurtent. Sans ce premier soutien, beaucoup échouent à franchir ce qui serait la porte d’entrée vers une carrière professionnelle. On n’en parle pas beaucoup, en partie, parce que ceux qui pourraient en parler sont occupés à galérer, qu’ils ne sont pas en position de s’exprimer. Que pourraient-il dire s’ils n’ont encore rien fait et n’ont pas eu l’opportunité de faire même un premier film ?
Évidemment, nous sommes beaucoup à franchir cette barrière malgré tout. Mais à quel prix ? Combien d’années ? Combien de temps ? Je m’en serais beaucoup mieux sortie, si j’avais fait un film pour l’obtention de la carte. J’aurais fait le minimum de 5 minutes, comme un long clip, ou une longue carte de visite, bien tournée, bien jouée, vite fait pliée.
J’aurais fait le minimum syndical, ce qui coûte le moins cher, pour sortir par une « porte large » comme on dit. Mais ce n’est pas ça, le cinéma. Quand on a une idée, elle s’impose avec sa durée et sa forme. On ne fait pas un film pour des raisons administratives, ou il vaut mieux ne pas le faire du tout.
Photo : Arthur Rothstein, 1936 — Farm Security Administration / Library of Congress.